Steaks végétaux : nouvelle menace à l’échelle de l’UE

par L'équipe du V-Label, le 13 juin 2019

Un levier idéal pour nourrir le statu quo auprès des entrepreneurs de l’économie du végétal et ralentir l’ascension fulgurante des produits végétariens et véganes.

Un article de Clémence Landeau

En 2018, le député LREM Jean-Baptiste proposait un amendement pour interdire l’usage de dénominations comme “steak” et “saucisse” pour la commercialisation des alternatives végétales aux produits carnés. Celui-ci a, après plusieurs mois de débats, été invalidé par le Conseil Constitutionnel. Le sujet n’en est pas moins clôt puisque depuis début avril, c’est au niveau de l’Union Européenne (UE) dans son ensemble que l’interdiction risque d’être appliquée. L’eurodéputé Eric Andrieu a effectivement émis une proposition allant dans ce sens.

Les steaks végétaux et autres “burgers veggie”, objets de discorde

“Steak”, “saucisse”, “escalope”, “burger”, “hamburger” : voici la liste (non-exhaustive) des termes que vous ne pourrez peut-être plus voir sur les packaging des simili-carnés dans un futur proche. En 2018, déjà, il était question d’interdire, à l’échelle de la France, l’usage de ces termes pour la commercialisation de produits ne contenant pas de viande. Le projet, porté par le député LREM Jean-Baptiste Moreau, avait été retoqué par le Conseil Constitutionnel.
Un an plus tard, l’eurodéputé français Eric Andrieu soumets une proposition de la même nature au niveau de l’UE, dans le cadre de la réforme de la Politique Agricole Commune (PAC) post-2020. Le texte soumis prévoit notamment que “les dénominations habituellement utilisées pour désigner les viandes et produits d’origine animale tels que définis ci-dessus, ne peuvent être utilisées pour décrire, promouvoir ou commercialiser des produits alimentaires composés essentiellement de protéines d’origine végétale. Il peut notamment s’agir des dénominations suivantes: […]”.

Ainsi, comme son petit frère français, ce texte reste suffisamment flou pour laisser planer le doute quant à son périmètre d’application. Sa formulation laisse par exemple à supposer que les alternatives végétales à la viande pourraient se voir interdire l’usage d’autres mots. Un levier in fine idéal pour nourrir le statu quo auprès des entrepreneurs de l’économie du végétal (qui pourraient en venir à douter de leur entreprise par peur de se faire pénaliser) et donc pour ralentir l’ascension fulgurante des produits végétariens et véganes dans les rayons et dans les foyers.

 

Une restriction néfaste pour le secteur agro-alimentaire

Dans les deux cas (français et européen), ce sont les mêmes arguments qui sont invoqués : clarifier les rayonnages de nos supermarchés et protéger les consommateurs en leur permettant de mieux savoir ce qu’ils achètent, et donc, ce qu’ils ingèrent. Jean-Baptiste Moreau et Eric Andrieu parlent également d’un levier pour lutter contre des “pratiques commerciales trompeuses”.
Cependant, aucune preuve ne permet aujourd’hui de penser ou d’affirmer que l’utilisation par les alternatives végétales aux produits carnés de termes tels que “steak” ou “burger” a déjà amené des consommateur.rice.s à acheter un produit différent de celui qu’ils pensaient être. Elle permet au contraire de saisir rapidement l’usage, le mode de préparation et / ou la texture du produit en question.
Surtout, la nature végétarienne ou végane des simili-carnés est clairement indiquée sur leur packaging, étant donné qu’il s’agit de leur argument de vente principal.

Il est ici important de souligner que la proposition d’amendement est loin d’avoir fait les preuves de la nécessité de son adoption, et même, de sa pertinence. Aucune donnée statistique ou étude ne permet de confirmer que l’emploi de ce type de termes par des produits végétariens et véganes suscite la confusion parmi les consommateur.rice.s.

Ce projet d’interdiction ne contribue pas à renforcer la protection des consommateur.rice.s, mais il s’avère en plus peser à un niveau critique sur les entreprises du végétal : celles qui aujourd’hui développent des produits globalement plus durables et plus sains, celles qui sont aujourd’hui parmi les plus dynamiques au sein du secteur de l’agro-alimentaire. Interdire l’usage de certaines dénominations obligerait ces acteurs à revoir leur terminologie, au risque de perdre les consommateurs avec l’emploi de termes dont le sens est flou pour eux (par exemple, “disque”); et donc, d’être en contradiction totale avec l’ambition initiale affichée par le projet d’interdiction.

 

Pour stopper ce projet d’amendement avant qu’il ne voit le jour, ProVeg Germany, association végétarienne et végane allemande partenaire de l’AVF, a lancé une pétition en ligne. N’hésitez pas à la signer et la partager autour de vous pour que ce projet européen incohérent soit abandonné.