Rayon frais de la Biocoop parisienne Dada

Les produits veggie se font une bonne place en rayon

par L'équipe du V-Label, le 2 avril 2018

En 2017, 19% des Français auraient acheté des simili-carnés en grandes et moyennes surfaces.

Un article de Clémence Landeau, initialement paru dans la revue Alternatives végétariennes n°131 – printemps 2018.

Quelles sont les préférences et les tendances de consommation des Français d’aujourd’hui ? Dans le cadre du colloque MADE Paris 2018 qui s’est tenu en janvier dernier, l’Institut Nielsen a présenté un panorama des consommations alimentaires françaises actuelles intitulé « Les Français en quête de naturel »*. Les chiffres révèlent d’une tendance de fond : l’industrie agro-alimentaire française, pourtant à la peine, est dynamisée par l’offre végétale. Cette dernière se consolide, et son attractivité rayonne bien au-delà de la communauté végétarienne.

 

La demande est là !

La visibilité de l’offre végétale s’améliore de jour en jour, que ce soit dans les supermarchés ou dans les magasins spécialisés. Non seulement les distributeurs multiplient les efforts pour attirer les consommateurs potentiels vers les produits végés (panneaux et affichettes, rayons dédiés, etc.), mais ils font de plus en plus de place aux références végétariennes et végétaliennes qui arrivent sur le marché – la France cherchant ainsi à rattraper son retard par rapport à ses voisins : Allemagne, Autriche, Grande-Bretagne… En effet, depuis que Carrefour a lancé sa gamme Veggie en 2015, les lancements de produits adaptés à une alimentation végétarienne ou végétalienne se multiplient : cordons-bleus, nuggets et escalopes (Cereal), saucisses (Herta), pizzas (Les P’tits Chefs du Bio) mais aussi simili-carnés et plats préparés de marques de distributeurs (Aldi, Monoprix…). Ces produits rencontrent aujourd’hui un franc succès : les ventes sont passées de 15 à 58 millions d’euros en deux ans sur ce créneau, et l’arrivée d’Herta en 2016 sur le marché s’est ajoutée, et non pas substituée à l’offre déjà existante.

Autre nouvelle réjouissante : la base d’acheteurs de viandes végétales s’est étendue par rapport à 2015, témoignant d’un intérêt croissant pour les alternatives à la viande. En 2017, ce sont 19% des Français qui auraient acheté des simili-carnés en grandes et moyennes surfaces, contre 8% en 2015. Non seulement de plus en plus de Français se tournent vers l’offre végétale, mais leur occurrence d’achat s’élève ! Autrement dit, nous sommes plus nombreux à consommer des substituts végétaux à la viande, et plus souvent.

Le marché des simili-carnés et des plats préparés n’est pas le seul secteur à profiter d’un engouement croissant pour le végétal. Les chiffres de Nielsen révèlent ainsi que le pourcentage de consommateurs optant pour des desserts à base de soja n’a cessé de s’élever pour atteindre 16,3% en 2017 (soit une hausse de 4,7 points par rapport à 2014). La croissance annuelle des ventes (en volume) de ce type de desserts est particulièrement remarquable. En 2016, ce sont 16% de desserts de soja de plus qu’en 2015 qui ont été vendus, et cette dynamique reste positive puisque les ventes ont continué à progresser de 4% en 2017 par rapport à 2016. Ce ralentissement de croissance pourrait être lié en partie au fait que l’offre ne s’est pas significativement enrichie au cours de l’année sur ce créneau, alors que les produits laitiers bios ou à base de lait de brebis, eux, se sont multipliés.
On observe aussi une poussée des laits végétaux sur le marché alimentaire, que ce soit en valeur ou en volume : entre 2015 et 2017, les ventes de lait végétal sont passées de 45 millions de litres à 67 millions de litres. En 2017, ces ventes ont atteint la valeur de 132 millions d’euros, soit 7,5 % du marché total du lait (d’origine animale et végétale).

Parallèlement à cet engouement pour les nouveaux produits végétaux, on note une consommation accrue de fruits et de légumes, de fruits secs et de produits biologiques. L’institut Nielsen voit dans ces ajustements alimentaires la confirmation directe d’une recherche de naturalité de la part de la société française.

 

Différencier végéta*isme et consommation végétale

Ces chiffres sont en tous les cas révélateurs de deux évolutions structurelles. D’une part, l’industrie agro-alimentaire, qui peine à se renouveler, trouve dans les produits végés un moyen de se dynamiser et de s’offrir une image plus moderne, adaptée aux préférences de la société contemporaine. Il semble que la restructuration du secteur vit ses balbutiements, dans la mesure où de nombreuses places restent encore à prendre : les produits « entrée de gamme » sont encore rares, la distribution reste surtout concentrée dans les grandes surfaces et les magasins spécialisés (exception faite de Paris), l’originalité des recettes fait encore souvent défaut.
D’autre part, la demande pour le végétal est bien là. Cet appétit n’est pas seulement le fait de la communauté végéta*ienne, ce que permettent de déduire les données enregistrées par Nielsen. Aujourd’hui, la moitié de la population française consomme occasionnellement végétarien (20% occasionnellement végane) . Éric Birlouez en fait le constat : « Les aliments végétaux sont devenus désirables aux yeux des Français, quelles qu’en soient les raisons. La distinction entre végéta*isme et consommation végétale est ainsi essentielle. La communauté végéta*ienne ne serait-elle qu’une « minorité » au sein de la population française, l’appétit pour le végétal concerne, lui, tout un chacun. ».

 

*Les données de Nielsen présentées ici s’appuient plus précisément sur deux sources : d’une part le panel de consommateurs Homescan, qui est un échantillon de 14 000 foyers représentatifs de la population française, et qui déclarent chaque semaine leurs achats de produits de grande consommation ; et d’autre part le panel de magasins Scantrack qui enregistre les ventes de tous les hyper- et supermarchés de France, ainsi que le drive et les magasins de proximité. Pour en savoir plus sur l’institut Nielsen : www.nielsen.com

 

[Crédits photo: Pierre-Alexandre Maizière. Merci à la Biocoop parisienne Dada de nous avoir autorisé à prendre des photos dans son magasin]